R e t o u r
R e t o u r

PROJET JÉRICHO

Bandits Manchots, exposition collective, 251 Avenue Louise, Bruxelles (Juin 2018)



À la base, il y a la volonté de reconquête de mon cheval Jéricho. Que je ne montais plus et dont je voulais recommencer à m’occuper. Face à mon rapport problématique avec mon cheval que j’avais abandonné, et qui était devenu hostile presque redevenu sauvage, j’apercevais comme par diffraction des problèmes presque existentiels de rapport au monde, au monde de l’art et une série de questionnements personnels. Que faire de ce sentiment d’impuissance face à l’âpreté de l’animal dont je suis « la maîtresse », face au paysage de mon enfance aux prises des mutations péri-urbaines de notre époque… Quel rôle social dois-je, de manière symbolique, endosser, en tant que femme artiste, en m’interrogant sur les rapports de force et de séduction qui lient les humains aux autres espèces?


Le point d’entré formel fut le harnachement, celui qui partage son histoire avec la domestication du cheval. Le harnachement est l’ensemble des équipements des chevaux que j’ai envisagé comme «objet d’étude», d’expériences et d’interprétations. Cela renvoie à l’école, l’éducation, la servilité, la dominance, l’autorité, les notions de besoins, d’outils, de relation à «l’autre», d’érotisme, de fantasme, de sexualité, aux rapports homme-femme - non-humain à l’environnement, à l’histoire, celles d’expériences intérieures au bord de la fiction, celles que j’ai consciemment vécue comme une expérience avec mon cheval...


Pour les sculptures et les formules magiques, j’empreinte leurs techniques aux savoirs ancestraux et aux folklore ruraux, j’apprends à toronner des cordes à la main, à feutrer la laine avec mes pieds dans ma salle de bain, je construits des mât de Cocagne, je les confronte à l’agrandissement, je modifie leur dimension pour qu’il fasse ma taille, les réalise sur mesure pour un espace. C’est une entreprise physique, au corps à corps, sensuelle. De même les fleurs de camomilles, les coques de cardamomes, les clous de girofles, le curcuma, le cacao, le rhum, les peaux de poissons sont issus de ma propre consommation, ces éléments décrivent comme le contour de ma domination, de la portée de mon empreinte… des choses au travers desquelles j’acquiers une certaine emprise ou pas…


Je pioche entre le vieux, le neuf, le salissant, le comestible, le pourri, le cru et le cuit, le vivant, l’inerte, tout ce qui peut précariser la sensation d’équilibre, la rigueur, la finesse et la tension de la jambe et des mains, un contrôle au bord de la faille, les aides du poids du corps, tout ce qui tient comme tout ce qui prêt à s’effondrer, à se vautrer. […]


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(1) Vue d’ensemble

(2) Bouquet

(3) Arbres du cerveau reptilien

(4) Arbres du cerveau reptilien, détail

(5) Mat Misssouri

(6) Mat des âmes mammifères

(7) Arbres du cerveau reptilien, détail

(8) Mongolie 'Mon Chéri'

(9) « Victor veut galoper », performance lors du vernissage, costume : Jambières Serpent-Nuage, sérigraphie sur sky, cuir rouge et faux cuir. Photographie : Victor Coupaud.

(10) Toron Pain d'épices

(11) Croquis préparatoire