
Vue de Lawson Park Farm et de la vallée © Grizedale Arts
Ce n’est pas véritablement un catalogue d’exposition que ce Countryside: A Report, publié à l’occasion de l’exposition Countryside, The Future, organisée par l’architecte Rem Koolhaas et son agence AMO au Guggenheim Museum de New York. Avec un format de poche (il s’agirait d’une blague d’initiés, Rem Koolhaas étant plutôt habitué aux formats « butoir de porte »1), l’ouvrage, sous-titré Countryside in your pocket! à la manière d’une réclame pour mouchoirs en papier, ne manque pas d’humour ni de liberté de ton. Le livre se présente plutôt comme un recueil de récits extrêmement variés dont le point commun est qu’ils ont lieu à la campagne et qu’ils restent pour cette raison relativement méconnus. Ces récits sont tous saisissants par ce qu’ils révèlent des enjeux et défis inédits qui traversent la société contemporaine dans le relatif anonymat de ses espaces ruraux. L’effort de recherche est impressionnant. Une vingtaine d’auteur‧e‧s abordent la question de l’occupation et de l’usage de la terre dans des zones géographiques aussi contrastées que le désert du Qatar, le permafrost sibérien, les campagnes japonaises déclinantes, les sites industriels gigantesques comme le Tahoe Reno Industrial Center dans le Nevada ou encore les Pays-Bas, pays d’origine de l’architecte. Agriculture, migrations, protection des espèces, changement climatique, transformations numériques et nouvelles activités ne sont que quelques-uns parmi les nombreux thèmes qu’ambitionne d’aborder ce catalogue à partir d’une recherche de terrain. On regrette, de fait, le choix du format du livre qui réduit un certain nombre d’illustrations à la taille d’un timbre-poste, surtout lorsque celles-ci jouent un rôle aussi important que le texte pour témoigner de la manière dont ces changements marquent un territoire. On regrette également que le parti pris (celui d’un « échantillonnage », d’une juxtaposition de cas localisés) fasse la part belle aux initiatives techno-orientées, grandes consommatrices d’espace, où l’emprise de l’humain sur le paysage est totale. A part quelques articles plus « interspécistes » comme celui sur l’amour que nous pourrions/devrions porter aux créatures marines (« Sea lovers », d’Ingo Niermann) ou plus « décroissants » comme celui de Niklas Maak sur des communautés utopistes rurales, on cherchera en vain une mention de l’agriculture biologique, du développement des circuits courts, de l’économie solidaire, du partage des ressources, de reforestation, bref de nombreuses initiatives existant actuellement pour tenter de contrer un modèle de développement économique et géographique toujours plus destructeur. Bien que Rem Koolhaas se défende d’apporter des réponses et conclue l’ouvrage par une longue liste de questions (« Où sont parties les vaches ? »2), l’impression qui se dégage lorsque l’on referme ce Report est bien celle d’un monde au développement effréné et à l’image de la célèbre phrase de l’architecte : « Fuck the context ».
https://journals.openedition.org/critiquedart/67592